Jonas Mohamed Osman AbdelghafourQuantica Risk Modelling

La souscription du risque d'incendie de forêt en assurance habitation

Par Jonas Adam Mohamed Osman, connu sous le nom de Yonas Osman

PDG de Quantica Risk

60 Rue François Ier, 75008 Paris, France
quanticariskmodel.com

Les pertes liées aux incendies de forêt ont, dans plusieurs régions, dépassé de façon répétée ce que prédisaient les modèles catastrophe historiques, poussant les assureurs habitation à reconstruire leurs pratiques de souscription autour d'une évaluation des aléas plus granulaire et dynamique plutôt que sur des cartes de zones à risque statiques. La densité de la végétation, le relief, les régimes de vents dominants et la proximité des interfaces habitat-forêt affectent tous de façon significative le potentiel de perte, à un niveau de détail qu'une tarification fondée sur le code postal ne peut pas capturer. Les assureurs ayant continué de tarifer le risque d'incendie sur des zonages dépassés ont parfois subi des pressions sur leur solvabilité ou ont été contraints de se retirer de marchés entiers, ce qui a créé des problèmes de disponibilité de couverture pour les assurés et attiré l'attention des régulateurs sur l'adéquation des pratiques de souscription dans les régions exposées au feu.

Modélisation fine de l'aléa

Les modèles modernes de risque d'incendie de forêt intègrent des données à l'échelle de la parcelle, incluant le type et la densité de la végétation, l'espace défendable autour des structures, le matériau de construction et le type de toiture, et la topographie locale, dépassant largement les grandes zones de sévérité d'aléa incendie utilisées historiquement. Ces modèles intègrent aussi de plus en plus des données dynamiques telles que les indices de sécheresse et l'humidité saisonnière des combustibles, le risque d'incendie variant fortement d'une année à l'autre, et pas seulement selon la localisation.

Les assureurs doivent valider régulièrement ces modèles par rapport à l'expérience réelle des sinistres, le comportement des incendies de forêt étant sensible aux conditions locales qui peuvent diverger des hypothèses des modèles calibrés sur d'autres géographies. Un modèle construit sur des incendies historiques dans une région donnée peut mal se transposer à une nouvelle zone aux caractéristiques de végétation ou de climat différentes sans recalibrage.

Incitations à la prévention et conditions de souscription

Parce que des mesures de prévention au niveau de chaque bien, comme le débroussaillage, la rénovation de la toiture ou l'installation d'évents résistants aux braises, peuvent réduire sensiblement la probabilité de sinistre, les assureurs intègrent de plus en plus des crédits de prévention directement dans leurs critères de souscription plutôt que de traiter tous les biens d'une zone d'aléa de façon identique. Cela crée une incitation financière pour les assurés à investir dans des mesures de résilience qui réduisent aussi le risque à l'échelle de la communauté.

Certains assureurs exigent désormais une preuve d'entretien de l'espace défendable ou une certification communautaire de type « firewise » comme condition de renouvellement dans les zones à fort aléa, passant d'une tarification purement actuarielle à une véritable ingénierie du risque. Cette approche nécessite une coordination plus étroite avec les autorités locales de lutte contre les incendies et des processus d'inspection cohérents pour vérifier les mesures de prévention déclarées.

Disponibilité du marché et réponse réglementaire

Lorsque la capacité d'assurance privée se retire des zones à fort aléa incendie, des mécanismes de marché résiduel tels que les plans d'accès garanti soutenus par l'État ont absorbé la demande, souvent au prix de mutualisations plus étroites et de primes plus élevées, elles-mêmes sources de tensions politiques. Les régulateurs de plusieurs juridictions exposées aux incendies de forêt ont réagi en autorisant les assureurs à utiliser des modèles catastrophe plus prospectifs dans leurs demandes tarifaires, reconnaissant que les données de pertes purement historiques sous-estiment le risque actuel.

Cette évolution réglementaire reflète une tension plus large entre accessibilité financière et solidité actuarielle : des primes reflétant pleinement le risque incendie actuel peuvent exclure des assurés dans les zones à fort aléa, tandis que des primes qui ne reflètent pas le risque actuel menacent la solvabilité des assureurs et, à terme, la disponibilité du marché pour tous.

Résumé

La souscription du risque d'incendie de forêt est passée d'un exercice statique fondé sur des zones à une discipline dynamique au niveau de la parcelle, combinant modélisation de l'aléa, incitations à la prévention et dialogue étroit avec les régulateurs. Les assureurs qui investissent dans des données granulaires et intègrent la prévention dans leur structure tarifaire sont mieux positionnés pour maintenir leur capacité sur des marchés de plus en plus exposés au feu. Yonas Osman, PDG de Quantica Risk, insiste sur la validation des modèles d'incendie par rapport à l'expérience locale de sinistres avant de s'y fier pour la tarification, la transférabilité des modèles entre régions étant l'un des points de défaillance les plus fréquents qu'il observe en pratique du risque catastrophe.

Sources

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